Nouvelle - L'enfant-vide

Publié le par Ric-kun

Comme j'ai pu le dire dans la présentation de mon blog, je vous parle d'écrits et bien en voici un. Il s'agit d'une des nouvelles que j'ai déjà écrit sur un forum. Bon sur ce, je vous laisse seul juge.


L'enfant-vide.


J'étais assis à même le sol dans cette pièce sombre et puante. Cette dernière était pourvue d'ouvertures mais elles avaient toutes été condamnées et seuls quelques petits rais de lumière s'infiltraient. Il n'était pas étonnant que l'odeur soit si forte: nous étions peut-être une trentaine, une quarantaine d'hommes et d'enfants entassés dans la pièce. Les odeurs âcres de l'urine, de la poussière, du sang, du vomi et de la sueur se mélangeaient les unes aux autres pour résulter en une odeur indescriptible et insupportable.

Je tentais de regarder autour de moi, mais je ne percevais pas grand chose de plus que des contours de formes humaines pour certains et des contours moins réguliers, plus saillants par endroits pour d'autres. Ces formes étaient soient allongées, assises, accroupies, .... Rares étaient les silhouettes debout.

Je suivis du regard le rai de lumière qui m'était le plus proche et je m'arrêtais sur une vision qui me fit avoir un haut-le-coeur. Pas si loin de moi, un garçon d'à peu-près six-sept ans était sur le sol dans la position du foetus. Un moment, je crus qu'il était mort. La peau n'était plus qu'un fétu de paille sur un squelette. Lorsqu'il me regarda, j'eus un frisson d'effroi dans le dos, ses yeux étaient presque sortis de leurs cavités osseuses tellement la peau s'était amincie. Je ne crois pas qu'il m'ait vu, son regard était vide, éteint. C'était la première fois que je remarquais cet enfant.

Soudain la porte située assez loin de moi s'ouvrit en grand et le jour éclaira partiellement la pièce m'éblouissant un court instant. Sept hommes armés entrèrent dans la salle. L'heure de reprendre les travaux certainement. On nous intima de sortir en rangs bien serrés. Apparemment, quelques individus n'avaient pas réagis immédiatement à l'appel et je me retournais instinctivement vers le lieu où j'avais vu l'enfant quelques secondes auparavant et je fus rassuré de voir qu'il n'y était plus. Les hommes n'ayant pas bougé reçurent des coups les forçant à se lever.

Malgré tout l'un d'entre eux ne se releva pas et j'entendis une voix s'écrier qu'un mort gênait dans la salle 3b. Je perçus à l'instant suivant une voix éraillée et sifflante dire qu'elle était encore en vie. Et avant même que le sifflement douloureux de la respiration ne s'arrête dû à l'effort fait par l'homme pour s'exprimer que la détonation éclata et interrompit le sifflement souffreteux. Ces gens n'avaient-ils donc aucun sens de l'humanité?

Nous fûmes conduits à l'extérieur où l'on nous aligna avant de se rendre sur le lieu du travail. Nous avions rejoint un groupe d'une soixantaine d'hommes et d'enfants. Face à nous se trouvaient plusieurs baraquements et bâtiments d'usine. Une énorme cheminée s'élevait au-dessus de tous les édifices. Elle crachait, jour après jour, une fumée noirâtre âpre et il en retombait de la poussière noire. De la suie. Deux autres groupes de trente hommes et enfants nous rejoignirent.

Je savais que lorsque l'on nous arrêtait ainsi c'était que nous allions être séparés et que les appelés disparaîtraient. L'homme ventripotent qui nous faisait face arborait un sourire bonhomme et après un court discours (tout le temps le même qui se prononçait à la gloire du chef de l'Etat). Le jeune officier qui se tenait timidement à côté de lui s'empara de sa fiche d'une main tremblante et énonça d'une voix claire le nom des appelés. "Les Bienheureux" comme les surnommaient les hommes qui nous encadraient.

Sauf que cette fois-ci, l'appel fut différent des autres fois, le jeune homme venait de m'interpeller en troisième sur la liste. Je me joignis inquiet aux deux hommes précédemment appelés. Je remarquai avec surprise que le jeune garçon que j'avais vu précédemment me rejoignit parmi "les Bienheureux" et se mit bizarrement à côté de moi. M'avait-il vu l'observer plus tôt? Non, je ne le pensais vraiment pas, son regard était toujours dépourvu de lueur, d'attrait ou de ce qui signifie dans l'oeil que l'on vous regarde, que l'on vous reconnaît. Rien. Rien en ses yeux ne m'indiquait qu'il m'avait vu. Après avoir appelé vingt-cinq personnes, le jeune s'arrêta et l'homme bedonnant reprit la parole pour convier les autres à travailler avec entrain toute la journée.

Nous, "les Bienheureux", nous suivîmes une autre route, accompagnés du chef et de son aide. On nous fit entrer dans un grand bâtiment accolé à la cheminée. Et après avoir parcouru maints couloirs, on nous fit entrer dans une salle remplie de douchettes. Tout du long du chemin, l'enfant était resté à mes côtés sans rien dire, sans me regarder, sans me toucher. Moi au contraire, je ne l'avais presque pas quitté des yeux. L'enfant était d'une constitution mince et le manque de nourriture, de soin et d'amour avaient eu raison de lui. La peau sur les os, le regard éteint, l'enfant m'avait semblé flotter dans l'air comme un fantôme.

- Faîtes-vous beau "les Bienheureux", vous serez bientôt libres!

Ce fut les seules paroles que nous lança allègrement le chef en ricanant.

Des baquets avaient été disposés à proximité de l'entrée et on nous dit de déposer nos habits à l'intérieur. Je me dévêtis assez rapidement. J'étais quelqu'un de prude auparavant mais depuis un an et demi, la pudeur avait perdu tout sens pour moi. En avait-elle eue un jour? Tant de choses m'étaient devenus étrangers depuis mon arrestation. L'enfant debout derrière moi tenait un savon dans la main et semblait attendre quelque chose ou quelqu'un. Sa peau était blanchâtre en dessous des vêtements. Lorsque je donnais mon baquet remplis, on me donna un savon. Rien qu'un savon.

Tout le monde avec son savon se rendait sous une douchette et lorsque je me rendis vers une des douchettes encore libre, je vis que l'enfant me suivait toujours. Il avançait comme un fantôme, flottant derrière moi comme s'il était relié à moi? Cet enfant était-il aveugle? Sans rien dire, sans protester je le laissais faire et ainsi nous nous retrouvâmes tous les deux sous la même pomme de douche.

Quand les gaz arrivèrent et que les corps des hommes tombèrent comme des mouches les uns après les autres, moi y compris; j'eus une dernière pensée avant de mourir:

Cet enfant était-il là avant mon dernier jour? Etait-il aveugle? Etait-il une vision de mon esprit devenu fou? Etait-ce moi enfant? Etait-il un guide mortuaire? Un ange? Ou encore était-ce autre chose????

...
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Publié dans Ecrits

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N
J'ai beaucoup aime cette nouvelle, pourtant je ne sais toujours pas pourquoi j'ai eu une impression de changement de titre ^^'
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R
Et bien, non pourtant le titre n'a pas changé, c'est toujours le même! Peut-être que tu confonds avec une de mes autres nouvelles. Merci pour les commentaires Kitchie et Neko!
K
oh la cahce, tu sais que j'ai les larmes au yeux la ric!<br /> ton ecrit est superbes!je vais courir sur hyjoo litre tes autres nouvelle (enfin demain car je dois me coucher ^^')<br /> <br /> je te fais des gros bisous<br /> je t'aime tressssssss fort
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